Les livres d'actualité politique me tombent en général des mains rapidement, n'étant souvent que le triste miroir de la vie politico-médiatique : zapping permanent, sans hiérarchisation, ni pédagogie.

Bruno Le Maire s'inscrit lui dans une tradition de complicité entre littérature et politique dont le dernier représentant présidentiel reste François Mitterrand.
Témoin, son questionnement permanent "Qui écrit en moi ? Qui fait de la politique ? Où commence la politique et où se termine la littérature ?"

Outre un style alerte et élégant, c'est par son sens aigu de l'Etat que se distingue ce récit au coeur de la machinerie du pouvoir.

Bruno Le Maire y livre une réflexion sans concessions sur les limites de l'action d'un ministre, l'infernal enchaînement -qui paraît parfois bien vain - des déplacements internationaux, la difficulté de concilier hauteur de vue et gestion des problèmes quotidiens tout en donnant du sens à l'action pour tenter d'être compris des concitoyens.

Son intelligence et sa sincérité contribuent à revaloriser l'action politique pour ce qu'elle est : engagement au service d'une vision du monde qui ne mérite ni l'opprobre, ni le suivisme béat.

Ses portraits acérés raviront ceux qui s'intéressent aux coulisses humaines de la vie publique mais on pourra regretter que l'esquisse d'autocritique, notamment sur la campagne présidentielle délétère, ne soit pas plus prononcée.

C'est sans doute la limite de l'exercice pour un homme qui a choisi de creuser son sillon politique en préférant l'influence au sein de l'UMP plutôt que l'affirmation d'un destin politique plus indépendant.

Quand on voit l'indigence de l'expression de l'UMP aujourd'hui, on ne peut que souhaiter qu'un homme de sa dimension, avec sa vision européenne, joue un rôle majeur dans la reconstruction d'une famille politique.