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Jours de pouvoir

Les livres d'actualité politique me tombent en général des mains rapidement, n'étant souvent que le triste miroir de la vie politico-médiatique : zapping permanent, sans hiérarchisation, ni pédagogie.

Bruno Le Maire s'inscrit lui dans une tradition de complicité entre littérature et politique dont le dernier représentant présidentiel reste François Mitterrand.
Témoin, son questionnement permanent "Qui écrit en moi ? Qui fait de la politique ? Où commence la politique et où se termine la littérature ?"

Outre un style alerte et élégant, c'est par son sens aigu de l'Etat que se distingue ce récit au coeur de la machinerie du pouvoir.

Bruno Le Maire y livre une réflexion sans concessions sur les limites de l'action d'un ministre, l'infernal enchaînement -qui paraît parfois bien vain - des déplacements internationaux, la difficulté de concilier hauteur de vue et gestion des problèmes quotidiens tout en donnant du sens à l'action pour tenter d'être compris des concitoyens.

Son intelligence et sa sincérité contribuent à revaloriser l'action politique pour ce qu'elle est : engagement au service d'une vision du monde qui ne mérite ni l'opprobre, ni le suivisme béat.

Ses portraits acérés raviront ceux qui s'intéressent aux coulisses humaines de la vie publique mais on pourra regretter que l'esquisse d'autocritique, notamment sur la campagne présidentielle délétère, ne soit pas plus prononcée.

C'est sans doute la limite de l'exercice pour un homme qui a choisi de creuser son sillon politique en préférant l'influence au sein de l'UMP plutôt que l'affirmation d'un destin politique plus indépendant.

Quand on voit l'indigence de l'expression de l'UMP aujourd'hui, on ne peut que souhaiter qu'un homme de sa dimension, avec sa vision européenne, joue un rôle majeur dans la reconstruction d'une famille politique.

Voeux d'Arras Passionnément

Vous étiez plus d'une centaine à assister aux voeux d'Arras Passionnément ce mercredi 30 janvier.
Pour les absents (et les courageux..) voici le texte du discours, en attendant le montage vidéo.



Crédit photo : GLC


Mes chers amis,

En 2012, nous nous sommes rassemblés, unis par notre passion pour Arras et par notre envie d’être acteurs de son devenir, refusant que celui-ci soit confisqué par quelques-uns au prix de pratiques politiques d’un autre âge.

En 2013, nous voulons affirmer et partager avec vous et tous les Arrageois notre ambition pour Arras.

Dans un contexte de crise, de réduction de la dépense publique et du soutien aux collectivités locales, chaque euro dépensé devra, plus que jamais, l’être avec l’obsession de l’investissement utile, du développement du territoire et du mieux-être des habitants, l’obsession surtout de préparer l’avenir.

Au contraire à Arras, la capacité d’autofinancement de la ville diminue de 40% cette année et les dépenses de la collectivité se multiplient – dans des conditions juridiques parfois douteuses - pour s’entourer des conseils d’agences de communication et de cabinets d’études en tous genres ; les grands investissements du moment – Casino, Pharos – augurent pour demain des coûts de fonctionnement qui ne seront couverts par aucune recette nouvelle.

Arras fait la une des journaux pour le Mainsquare ou les Carrosses mais dans le même temps pour la fermeture de Meryl Fiber.

Nous ne devons pas nous contenter d’être une ville-écrin pour touristes et festivaliers.

Nous ne devons pas nous résigner à passer de la « belle endormie » à… « la très belle endormie ».

Mes amis, contrairement à ce que j’ai pu lire, Arras Passionnément n’a pas vocation à être le premier opposant mais à être le premier proposant !

Pour cela, nous allons mettre à profit l’année 2013 pour faire comprendre qui nous sommes et ce que nous voulons.

Notre ambition s’articule en 4 axes pour lesquels nous ferons tout au long de l’année des propositions concrètes : Refaire d’Arras un carrefour économique, commercial et culturel, Apprendre à partager le territoire entre tous ses acteurs, Renforcer la solidarité et Gouverner autrement.


Refaire d’Arras un carrefour économique, commercial et culturel

Nos villes, nos territoires sont entrés, comme vos entreprises, vos associations dans une ère de compétition pour attirer les emplois, les financements, les talents.
On parle d’un pôle Arras-Lens-Douai-Béthune mais c’est Lens qui attire le Louvre et sa carte de visite internationale, c’est Douai qui attire Amazon et ses milliers d’emplois et c’est Béthune qui s’affiche comme territoire d’innovation industrielle et technologique mais aussi culturelle et touristique.

Quand les milieux économiques régionaux parlent des grands investissements d’avenir, ils évoquent le terminal méthanier de Dunkerque, Euralogistic à Dourges, la serre numérique de Valenciennes ou encore le Centre des textiles innovants de Roubaix.

Il nous faut une meilleure articulation entre l’Université, les entreprises et la recherche pour préparer les pôles de compétitivité de demain et regrouper les entreprises innovantes dans des pépinières spécialisées.

Il nous faut aussi une autre ambition pour notre centre-ville, rénové, mais aux vitrines en berne.

Nous proposons ainsi la création d’une agence municipale du commerce chargée de la détection et de l’analyse des locaux vacants afin de réduire le coût prohibitif des loyers et d’enrayer le cycle infernal des reprises/fermetures.

Pour ramener au centre-ville les métiers de bouche qui ont disparu et qui créent le passage quotidien des consommateurs, nous lancerons une grande réflexion associant les commerçants, les habitants et les urbanistes pour implanter une halle de verre et d’acier accueillant les produits frais et les producteurs locaux sur la Grand-Place en marquant la ville d’un geste architectural ambitieux.

Nous avons déjà noué des contacts avec des villes comme Amiens pour nous inspirer de ce qui a été réalisé.

Nous nous engageons parallèlement à ce que plus aucun m2 de grande surface ne soit construit sur Arras.

Nous voulons aussi réaffirmer la place centrale de la politique culturelle, comme vecteur de partage d’émotions, mais surtout comme véritable moteur intégré dans les politiques urbaines et économiques.

Nous avons à Arras les talents et les lieux patrimoniaux pour être à la pointe de cette nouvelle économie créative qui fait gagner les villes : Cité Nature, Ecole des métiers d’art, Beffrois du patrimoine mondial, que de rendez-vous manqués faute d’audace et de confiance accordée aux acteurs.

Au lieu d’accueillir en catimini le centre régional des lettres à la Citadelle, nous aurions par exemple pu imaginer une cité du livre fédérant les acteurs du territoire : associatifs (Quai de la batterie, Colères du présent, Escales des lettres), publics (médiathèques), structures d’enseignement (laboratoires universitaires) et attirer libraires, bouquinistes, relieurs, calligraphes, illustrateurs pour drainer des milliers de visiteurs comme l’ont fait des petits villages comme Montolieu ou Bécherel.

Nous pourrions être à la pointe de la numérisation du patrimoine et de la création d’entreprises innovantes en la matière : plus de 1000 manuscrits provenant de l’Abbaye Saint-Vaast mais aussi reconstitutions virtuelles du patrimoine projetant le visiteur dans la ville du XVIII°S comme à Bordeaux.


Apprendre à partager le territoire entre tous ses acteurs

Un carrefour économique et commercial, c’est d’abord un endroit auquel on accède facilement.
Aujourd’hui Arras est une ville de moins de 45.000 habitants dans laquelle il est aussi infernal d’entrer ou sortir aux heures de pointe matin et soir que dans les grandes agglomérations et où il est dangereux de circuler à pied ou à vélo.

Les solutions sont multiples : renforcement de l’offre ferroviaire et particulièrement sur l’axe Arras-Lens (tram ? renforcement du TER ?), innovations intramuros : zone 30 généralisée en dehors des grands axes, signalisation piétonne pour informer et encourager à la marche, triporteurs électriques pour les livraisons, pédibus, voies vélo sécurisées, parkings de desserte et navettes électriques…

C’est ensuite un endroit où chacun – particulièrement les jeunes ménages et les personnes âgées et isolées - trouve une solution de logement adaptée à sa situation.
Il nous faudra mobiliser tous les acteurs, privés comme bailleurs sociaux pour élargir l'offre et mener une action énergique pour reconquérir les 900 logements vacants sur notre commune.

Nous devons également relocaliser les emplois au plus près des zones d’habitat : c’était d’ailleurs une ambition affirmée du SCOT de faire de la Citadelle un quartier d’affaires… on y vendra bien du miel et du fromage mais rien à la hauteur des ambitions affirmées et nécessaires.

Le partage, c’est aussi avoir une approche juste et claire de tous les enjeux.
En matière de subvention, nous appliquerons des critères objectifs et incontestables.
Nous avons tous nos passions, et tout le monde connaît la mienne pour les sports collectifs. En particulier pour le sport féminin qui est une identité spécifique qu’il faut maintenir et renforcer à Arras (et ce ne sont pas les difficultés du moment qui doivent nous faire changer d’avis).

Mais savez-vous par exemple quel est aujourd’hui le premier club sportif Arrageois, 14ème club français toutes catégories confondues ? C’est le RCA athlétisme… et ça ne se devine pas toujours en regardant les infrastructures du club !


Renforcer la solidarité

Pour assurer les nécessaires solidarités entre les habitants et les quartiers, nous devons d’abord maîtriser les dépenses et créer de nouvelles richesses sur la ville afin de ne pas faire supporter tout le poids de cette solidarité aux seuls 45% de foyers imposables qui finiront par quitter une ville devenue au-dessus de leurs moyens : sur les 2300 personnes qui ont quitté Arras ces 5 dernières années, 50% sont des jeunes ménages, rebutés par les loyers et des impôts trop élevés mais aussi par les tarifs municipaux et Arras Passionnément se réjouit d’avoir pu infléchir, au conseil municipal, la réforme des tarifs des centres de loisirs qui pénalisait injustement les classes moyennes.

Nous ferons de la ville un « territoire de commerce équitable » en privilégiant les achats éco-responsables.

Nous travaillerons également avec les structures pour l’emploi afin d’offrir à des chômeurs des parcelles de terrain pour développer une agriculture raisonnée et locale au service de la restauration scolaire.

Nous organiserons tout l’hiver des Dimanches solidaires mobilisant les associations caritatives afin de lutter contre l’isolement.

La réforme des rythmes scolaires conduite par le Gouvernement doit être l’occasion de donner à tous nos enfants une même chance d’ouverture culturelle, sportive et sociale. Nous nous félicitons que la ville se positionne dès 2013 : nous souhaitons que la concertation soit large et nous entendons y participer pleinement !

En matière d’enseignement, Arras a depuis deux siècles une histoire particulière avec les sourds et j’ai le plaisir de saluer mes amis de Trèfle et de la Maison des sourds présents ce soir et de remercier David Lobry, notre interprète.

Je leur dis que nous devons revendiquer haut et fort ce patrimoine, cette culture de l’éducation et de la transmission en baptisant une rue du nom de Mademoiselle Duler à l’origine de cette histoire commune, mais aussi en accueillant l’exposition sur le tricentenaire de la naissance de l’Abbé de l’Epée.


Gouverner autrement

Gouverner autrement, c’est d’abord ne pas imaginer qu’Arras détient LA solution, seule dans son coin.

Sur de nombreux sujets, la ville se tient à l’écart des réseaux qui inventent et développent ensemble de nouvelles politiques : villes d’art et d’histoire, villes-santé, club des villes-cyclables,… pour ne prendre que quelques exemples.

Arras doit ainsi viser à être la première grande ville française à obtenir le label CittaSlow, sur le modèle des villes de Toscane, pour affirmer sa qualité de vie et son souci d’un développement urbain harmonieux.

Gouverner autrement, c’est donner aux membres du personnel municipal toute la considération qu’ils méritent et les associer pleinement car ils sont un levier essentiel de l’innovation. Pour cela il faut aussi leur donner des conditions de travail modernes et adaptées : restauration, garderie, plan de déplacement d’entreprise,…

Gouverner autrement, c’est aussi intégrer le fonctionnement en réseau permis par les nouvelles technologies dans nos rapports avec les citoyens.

En la matière, les enjeux dépassent la création de gadgets pour élus en quête d’image branchée ou la précipitation sans concertation comme sur le dossier Espace Arras Famille.

Les réseaux hyperlocaux ouvrent une immense palette de possibilités - échange de services, animation de comités d'habitants, vie démocratique - à l'échelle d'une ville comme Rennes avec La Ruche ou même d'un immeuble comme cela se pratique en région parisienne avec Ma résidence.

La participation des citoyens à la construction d'un grand projet urbain comme en Gironde (dont on pourrait s'inspirer pour notre quartier de la Citadelle) ou à la qualité de vie en signalant sur une plateforme tous les dysfonctionnements urbains comme à Mérignac est essentielle pour redonner du sens à l'action publique, à l'heure où les réponses simplistes et démagogiques des extrêmes semblent gagner du terrain.

Cela suppose des changements de posture des acteurs publics, élus et fonctionnaires territoriaux, qui doivent accepter de partager le pouvoir et passer d'un système où ils commandent, produisent, décident à un autre où ils orchestrent, conseillent, jouent les médiateurs.

Nous pourrions déjà expérimenter ces nouvelles pratiques au sein des comités consultatifs d'habitants, dans un premier temps … et pourquoi pas, demain, ouvrir l'élaboration du budget municipal à la coproduction ?

Gouverner autrement, c’est enfin cesser de croire que les bonnes solutions ne peuvent être portées que par un camp politique en rejetant toute proposition parce qu’elle vient des bancs d’en face.

Les listes d’appareil conduites par des professionnels de la politique n’offrent pas cette liberté et cette ouverture indispensables à l’innovation.
Cela me donne l’occasion de redire clairement – et définitivement – qui nous sommes : je sais que cela interpelle, interroge mais je le réaffirme : nous n’avons pas de drapeau à planter en haut du Beffroi !

Notre lion, symbole des libertés communales depuis plus de 450 ans, notre grand lion de Flandre, celui, cher à Verlaine, « qui hurle en cris d'or dans l'air moderne : Osez les prendre ! », voilà notre drapeau, celui de tous les Arrageois.

Je veux aussi rassurer ceux qui aiment à tout prix étiqueter pour mieux réduire : je ne viens pas de nulle part !

J’ai eu ces 20 dernières années des engagements et des responsabilités assez visibles pour qu’on sache me situer.

Et Jean-Marie Vanlerenberghe savait très bien à qui il proposait d’être numéro 3 de sa liste en 2001.

Mais c’est parce que j’ai su dépasser ces logiques purement partisanes, parce que j’ai refusé la facilité des petits arrangements entre amis, parce que j’ai appris de mon mandat d’adjoint à la culture que les plus belles réussites naissent de l’addition de talents et de sensibilités différentes que je veux proposer cette voie pour Arras.

Nombre des amis qui m’ont rejoint pour créer Arras Passionnément ont des parcours politiques différents et ces différences nous enrichissent pour inventer ensemble la ville de demain ; je veux saluer ici Véronique Loir et Pascale Catteau qui les premières – les femmes sont souvent plus courageuses – ont bravé les carcans de la politique d’appareil au conseil municipal.

Chers amis, le calendrier de 2013 sera dense : réunions des groupes de travail sur les 4 axes que je viens d’énoncer, réunions thématiques sur le logement et la desserte ferroviaire d’Arras - parution du journal d’Arras Passionnément dans les prochaines semaines, lancement des « diagnostics de quartier en marchant ».

Vous le voyez, il faudra de l’énergie – nous en avons – il faudra de l’inventivité car tout ce que nous engageons repose sur un investissement bénévole.
Vos idées et vos contributions seront les bienvenues pour nous aider à construire et développer ce projet.

Mais quand je vous vois réunis ce soir, je me dis que ce qui n’était peut-être qu’une douce utopie il y a quelques mois est en train de devenir une réalité bien concrète.

Comme Walter Benjamin, je crois que « le geste de l’enfant qui essaie d’attraper la lune comme un ballon est en apparence inutile et pourtant, ce geste est essentiel, parce qu’il grandit l’élan du cœur, de la main et de l’esprit ».

Je souhaite à chacune et chacun d’entre vous de rester ces enfants qui croient en leurs rêves et qui s’y emploient en donnant sans calcul un peu de leur cœur, un peu de leurs mains et un peu de leur esprit.

Bonne année à tous !