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Dans l'air du temps

C'est vrai, les états d'âme de Nathalie, bobo parisienne quadra, en mal de maternité, on imagine plutôt ça en article de magazine féminin qu'en roman.

Mais Matthieu Jung les saisit avec une telle acuité et un tel sens du rythme qu'on se laisse facilement emporter par son écriture très contemporaine, utilisant, jusqu'à l'indigestion parfois, le name dropping ou les vices du langage parlé...

Et le final aussi étonnant qu'éblouissant ne fera pas regretter d'avoir poursuivi jusqu'à la fin la lecture de ce roman bien dans l'air du temps !

Revitaliser la démocratie

N'en déplaise aux commentateurs sarcastiques, le premier tour des primaires citoyennes a été une vraie réussite, logistique et politique.
Réunir plus de deux millions de personnes et leur permettre de choisir leur candidat à l'élection présidentielle est un acte moderne qui peut, je l'espère, contribuer au réveil démocratique.

Car l'exercice de la citoyenneté active est, plus que jamais, le défi politique de nos générations, marquées par l'indifférence et la montée des extrémismes.

Pour cela, nous devons trouver des réponses nouvelles, sortir des systèmes verrouillés, des petits arrangements entre amis qui décrédibilisent l'engagement politique et faire la place à un nouveau profil d'élus, non cumulards et non apparatchiks !

A Arras aussi, je mesure cette aspiration à la participation citoyenne.

Dans le comité consultatif du quartier Centre que je préside, l'implication des habitants enrichit la réflexion sur la Citadelle par des approches originales.
Dans les associations culturelles, la question des lieux de pratique et de diffusion s'élargit sur une volonté de contribuer à l'élaboration d'un projet culturel partagé.

L'association des citoyens aux décisions qui les concernent est le défi central pour revitaliser la démocratie et faire en sorte que chacun en retrouve le sens et la noblesse.

A nous de le relever collectivement !

Pladoyer pour les éditeurs.. et pour un grand livre !

Dans l'immense chaîne de ceux qui me font aimer la littérature et le partage de cette passion, les éditeurs ont une place singulière.

Certains ont influencé et même façonné mon parcours de lecteur et il n'est pas rare que je les suive, aveuglément, sur la seule foi de leur travail antérieur.

C'est ainsi que je sais pouvoir retrouver une familiarité, un univers, une ligne claire et donc des auteurs qui me plairont chez - pour n'en citer que quelques-uns - 13ème note, Métailié, Léo Scheer et LaureLi, Arléa.

Et Zulma évidemment !
Je parlais dans le message précédent du nouveau label lancé par Serge Safran, qui est aussi le fondateur de cette maison aussi exigeante sur la qualité des textes proposés qu'inventive sur "l'objet-livre" proposé, de la typographie à la création des couvertures par le génial David Pearson.

J'avais raconté ici, il y a quelques mois, la découverte d'un étonnant roman mexicain.

C'est entre Paris et la Toscane que nous emmène Ingrid Thobois, pour une histoire époustouflante, le roman de l'amour à la folie, le portrait d'une femme fascinante (il y a de la Lily de la "vilaine fille" de Vargas Llosa dans cette Norma-Jean) qui perd pied entre son passé déchirant, son mari si docile et cet élève troublant qu'elle va visiter toutes les semaines en prison.

Je ne dévoilerai rien de l'intrigue tant le plaisir est immense de se laisser embarquer dans la construction palpitante et très cinématographique de ce très grand roman.

Maisons de famille

Dans les familles, il y a des secrets.
Ils peuvent faire naître de très beaux livres, comme en témoignent récemment Hélène Gestern, Laurence Tardieu ou Delphine de Vigan.

Dans les familles, il y a des maisons, aussi.

Celle des Matchaiev est en Bourgogne.
Les héritiers, Joshua, Anne et Pierre, jeunes parisiens entre 20 et 30 ans n'y sont pas retournés depuis que leur père, Sergueï, s'y est suicidé.

Ranger la maison, remuer les souvenirs, retrouver les odeurs d'un passé tumultueux mais néanmoins heureux est douloureux parce que "c'est comme ça la vie. On regrette toujours de ne pas avoir assez profité de ce qu'on a perdu, ça ne veut pas dire que c'est vrai. C'est juste une manière détournée d'exprimer sa tristesse."

Stanislas Wails livre une peinture tendre et sensible de cette génération (peu représentée dans la littérature).
De ses quêtes amoureuses ("l'aimé n'est-il que le symptôme vivant de celui qui l'aime ?"), de ses difficultés de communication ("André et Maël ne s'entendaient ni ne se comprenaient : au fond, n'est-ce pas le meilleur moyen pour discuter? " )

Et nous offre un très beau roman mélancolique comme les ragas de musique indienne qu'écoute Anne, "une musique triste. Une très belle tristesse, noble, pleine, s'avançant comme une reine en exil qui n'aurait pas renoncé à porter les robes et les parures du temps de sa splendeur, malgré les pièces vides et le froid alentour."



J'ai chroniqué ce livre dans le cadre de l'opération "Masse critique". Un merci tout particulier pour leur confiance à Guillaume Teisseire de Babelio et à Serge Safran, fondateur de la géniale maison Zulma - dont j'ai déjà parlé ici pour le livre de David Toscana - et qui vient de lancer ce nouveau label qu'il compte consacrer aux premières oeuvres de littérature française.