J'ai l'habitude de ne parler ici que des livres qui m'ont plu, de partager mon enthousiasme et le plaisir de la découverte, dans un esprit constructif...

Mais faut pas pousser non plus !

C'était plutôt pas mal parti pourtant, cette histoire de prof de philo (parisien l'intello, forcément) incapable de s'attacher parce que "l'indécis ne veut renoncer à rien, et moins encore à ses rêves" (p13).

On pouvait encore espérer éviter les clichés même si dès la page 20, on sait que la grande histoire de ce livre, c'est la rencontre avec "sa petite coiffeuse".. Jennifer (forcément) et comment lui, l'homme de lettres, cultivé et raffiné va balancer entre l'attachement (mêlé de pitié) à sa petite coiffeuse et la honte de cette union quasi morganatique et contraire aux codes sociaux (d'où le titre subtil "Pas son genre").
Thèmes déjà assez abondamment traités, et avec quelle finesse, par Zweig (La pitié dangereuse) ou par Annie Ernaux (La place, La honte,..)

Alors pour bien montrer le grand écart du philosophe, il fallait corser l'affaire, il fallait que la pauvre fille se trimbale quelques autres tares.
Elle est donc divorcée, elle élève seule son fils, elle aime l'horoscope et les séries télé et surtout, oui, oui t'as trouvé : Elle vit à Arras !

Mais oui, tu sais, cette ville "qui évoque le labeur des journées harassantes, le harassement des heures qui s'enlisent" (p40).
Et c'est parti pour le festival du poncif : son héros (évidemment il l'a appelé François !) traîne sa misère sentimentale dans "les rues désolées de la ville morte", "entraîné vers les terrils engrisaillés" (p41), sous "la couleur uniformément grise du ciel" (p 43), il boit "de l'Astrébate (??), la bière locale (qui) ne fait pas voyager, elle assigne à résidence, abandonne aux portes du rêve" (p47).
Heureusement, une fois par an, il va s'amuser au Carnaval pour "le défilé des géants, suivis par une fanfare, des majorettes et une meute d'assoiffés" (p145)

Je ne sais pas comment j'ai tenu jusqu'à la fin, mais ça valait quand même le coup, ne serait-ce que pour cette phrase digne des Brèves de comptoir (p167) "la philosophie perd en spirituel après les spiritueux" !!).

Allez Vilain, on t'en veut pas finalement, ça nous fait bien marrer les clichés, même en littérature.

Mais tu sais quoi, on ne te retient pas : la prochaine fois que tu as besoin d'un cadre exotique pour poser des états d'âme nombrilistes de dandy au coeur sec, va voir ailleurs parce qu'au fond, toi non plus, t'es pas notre genre !