Avec ce titre simple et génial, le théâtre d'Arras proposait, voici quelques années, un rendez-vous artistique et foutraque avec tout ce qui bouge de l'autre côté du Quiévrain, une confrontation unique et improbable de musiciens, de comédiens, Flamands et Wallons mélangés comme jamais et comme nulle part ailleurs.

Que d'émotions intenses glanées au gré des propositions de Grégory Vandaele et Patrice Budzinski : grands classiques d'Adamo à Vénus en passant par Arno, découverte d'une scène musicale riche et explosive - Das Pop, Vive la Fête, Ozark Henry, Daniel Hélin..., expériences théâtrales uniques du "Bordel des contes de fées" de Peter Verhelst à un fabuleux "Dragon" monté par Axel de Booseré en passant par la version flamande de Pagnol par De Onderming..
En seulement 3 ans "Sacrés Belges !" a marqué profondément l'esprit et le coeur d'un public arrageois et régional.

Au passage, alors que le MainSquare Festival vient de livrer son édition probablement la plus cohérente et aboutie, la nouveauté est sans doute à aller chercher chez nos amis Belges pour le cru 2012 : personnellement je serais très heureux de voir ou revoir Joy (de Marc Huyghens), My Little Cheap Dictaphone ou encore Girls in Hawaï...

Ce qui faisait aussi l'ambiance de cet événement, c'est la disposition naturelle des Belges au surréalisme, à la poésie de la vie, y compris dans ce qu'elle a de plus trivial ; j'ai encore en mémoire une conférence de presse survoltée par la présence du légendaire et charismatique Jean-Luc Fonck de Sttellla.

C'est ce même esprit que je viens de retrouver dans l'étonnante "Confession de Charleroi" d'Aliocha Vandamme.

Qui d'autre qu'un Belge - "ce peuple de gens s'acharnant à faire traverser la rue à des vieilles dames qui ne demandaient qu'à rester sur le trottoir (p 42)" - aurait pu écrire cette longue conversation entre Boris et un prêtre à qui le lie une longue haine, une controverse déjantée sur l'univers "une histoire belge dont Charleroi est le centre, une Grande Eclate farceuse (p 327)", le sens de la vie ou la place de la religion dans nos sociétés occidentales "le monde chrétien n'a pas grand chose à voir avec Dieu, c'est juste un genre de société qui nous paraît meilleur parce qu'on n'en a pas connu d'autres (p 146)".

Pas de doute, Aliocha Vandamme a tout d'un Sacré Belge !