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L'autre Amérique

Mes amis de l'association Plan-Séquence me pardonneront l'emprunt de ce qui fut le titre d'une des éditions de leur festival de cinéma, d'autant que l'auteur dont je veux parler les intéressera certainement.

Mark Safranko est l'un des auteurs fétiches de la jeune maison 13ème note éditions qui affiche la belle ambition de nous faire découvrir des "auteurs extrêmes sous haute tension" (aucun rapport avec mon job..)

Dieu bénisse l'Amérique est l'histoire de Max Zajack, fils d'une famille polonaise qui veut encore croire à l'American dream malgré la vie rude et absurde qu'elle mène à la fin des années 50 - début des années 60.

C'est un roman d'initiation, cru, sans concessions, aussi drôle que sombre, captivant et attachant pour sa personnage central aussi falot que culotté.

Une belle découverte, qui donne envie d'explorer le catalogue original de cet éditeur !

Juste un dimanche soir sur la Terre

Comme un Dimanche normal : la lecture du soir au petit dernier, un tour sur le Net pour voir comment va le monde et sur le blog de Vincent Le Gallois pour voir comment va le sport Arrageois, ma critique du livre d'Hugues Royer pour Masse critique de Babelio...

...Mais un Dimanche singulier pourtant : depuis vendredi, je suis une 4ème fois papa, d'un petit Gabriel.

L'émotion est toujours aussi intense et l'aventure aussi merveilleuse.

Et si on essayait sans Président ?

La proposition peut sembler incongrue, a fortiori venant de quelqu'un qui revendique son attachement au Gaullisme.

Evacuons tout de suite cet aspect : mon Gaullisme n'est pas la reproduction aveugle et immuable des solutions imaginées par le Général mais une leçon d'adaptation et de courage face à l'adversité et aux circonstances.

Et qui oserait affirmer qu'il proposerait aujourd'hui, à une société ayant profondément évolué, les mêmes réponses qu'il y a 50 ans.

En 1962, il s'agissait de sortir définitivement du parlementarisme des III° et IV° Républiques et de donner au Président une légitimité issue de sa rencontre avec le peuple.

Si cette innovation a alors permis de rééquilibrer le système politique, force est de constater qu'elle a modifié le système de partis, leur donnant une mainmise d'autant plus forte qu'ils tiennent la clé des investitures des législatives qui suivent (n'est-ce pas mes amis radicaux ?).

Elle nous a surtout conduit collectivement à tout attendre d'un homme (pas encore d'une femme, hélas !) providentiel, investi d'un pouvoir exorbitant.

On m'objectera le recul démocratique que serait le retrait de ce droit du peuple, tout en oubliant que les Présidents successifs représentent une part de plus en plus faible de la population.

On craindra le retour à l'instabilité, sans voir qu'un Premier Ministre porté par une élection législative devenant le pivot de la vie politique - comme en Allemagne ou en Angleterre - peut avoir autant de force et de capacité d'agir que nos Présidents.

Qui ne voit enfin, dans tous les domaines, que les réussites sont collectives, transversales, que notre attachement à la recherche d'un homme fort est anachronique et qu'il menace de nous jeter dans les bras d'une femme dangereuse ?

Il reste à l'évidence des problèmes techniques et juridiques à surmonter, des débats à ouvrir comme le fait courageusement le collectif l'autre campagne espérant encore que le rendez-vous de 2012 soit autre chose qu'un concours de beauté ou, pire, une succession de coups bas et de coups d'éclat.

Puisque nous y sommes, au-delà des aspects judiciaires de l'affaire DSK, le séisme politique qui l'accompagne n'est-il pas une occasion de s'interroger sur notre folie à faire porter de si grands espoirs et de si grandes responsabilités sur quelques personnes humaines, faillibles par définition ?

Cela mérite au moins d'en discuter !

Une (e-)réputation à tenir

D'accord, un bon billet sur les prémices de la campagne présidentielle reste encore plus attractif que la chronique du dernier roman suédois.

Ok, je dois parfois m'accrocher pour finir un roman, fut-il touchant et âpre comme "Le navire obscur" avant de vous pondre un billet.

Mais maintenant, plus d'excuses : je dois être à la hauteur de la réputation qui m'est faite par Daily Nord.

Tant pis pour vous !

Attention, vous allez voir des gauchistes !

J'aime l'ambiance, festive et militante, du salon du livre d'expression populaire et de critique sociale, le 1er mai à Arras.

Evidemment, beaucoup de ceux qui témoignent et qui s'engagent ici n'ont pas les mêmes itinéraires et les mêmes filiations que moi. Et alors ?

N'en déplaise aux imbéciles - et j'ai eu droit cette année au même qu'en 2009 - je crois qu'il y a plus d'intelligence dans deux idées qui se confrontent et qui doutent que dans une seule vérité assénée.

Et que l'on peut se retrouver et se rassembler, a fortiori quand les idées sont portées par un écrivain de la trempe de Frédéric Fajardie.

Oui, cher esprit progressiste, j'ai croisé des gauchistes dans la très belle exposition qui lui est consacrée au musée d'Arras, mais j'ai surtout retrouvé l'humanité et la bonté de cet homme que je lisais bien avant d'apprécier les rencontres et les échanges au fil des ans comme je l'ai dit en 2006 ou en 2008.

C'est cette même humanité que j'ai trouvée chez le metteur en scène Stéphane Verrue et les équipes de sa compagnie Avec vue sur la mer; une altérité, une empathie immédiate, une confiance qui s'accorde, des liens qui se nouent par delà les parcours et les étiquettes.

J'avais donc hâte de découvrir son travail sur Le discours de la servitude volontaire du jeune La Boétie (nous sommes en 1546) et je ne peux que vous inviter à le voir là où vous en aurez l'occasion (Avignon cet été, au théâtre d'Arras en février 2012) ou même à le programmer chez vous, lieu culturel, entreprise,...
La force et l'actualité du texte sont étonnantes, la performance du comédien est époustouflante et l'on ressort avec l'esprit ouvert à mille interrogations sur ce que nous abdiquons inconsciemment chaque jour de liberté.

Je ne vous en livre qu'une phrase, qui n'est pas sans échos à l'aube de l'année électorale qui s'annonce :
"Soyez résolus à ne plus servir, et vous voilà libres. Je ne vous demande pas de le pousser, de l'ébranler, mais seulement de ne plus le soutenir, et vous le verrez, tel un grand colosse dont on a brisé la base, fondre sous son poids et se rompre".