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Tellement Serge !

Le renouveau de la chanson française est aux mags culturels ce que l'influence des francs-maçons est à l'Express ou au Point : le marronnier aussi convenu qu'attendu.

Et pourtant.. à côté des autoroutes monotones et standardisées, on dirait bien qu'il y a la place pour des chemins de traverse aussi audacieux que séduisants.

Ainsi soit Serge, magazine qui balaie tout le spectre de la chanson française, avec un premier numéro garanti zéro faute de goût, joyeux croisement chic et popu de Chamfort à Arno en passant par Joe Dassin.

Et une place de choix à ce qu'on pourrait appeler "la chanson à influence littéraire" et à ceux qui tournent en boucle sur mes écouteurs, Arnaud Fleurent-Didier, Florent Marchet, Dominique A ou encore Bertrand Belin..

Je viens d'en voir quelques-uns sur scène (AFD, La Fiancée, Robin Leduc) pour un stimulant chantier des Francos au Grand Mix et je me désole déjà de rater une affiche de rêve , samedi prochain mais c'est Festival de cinéma à Arras.

En attendant, je vous offre un live de l'envoûtant Hypernuit de B.Belin.. hyperclassieux comme dit Serge !

Le délégué

Didier Desbrugères aurait pu emprunter au père Ubu ses premières lignes : "la scène se passe en Pologne c'est à dire nulle part..."

Le fait est qu'on ne saura jamais dans quelle République, Josef Strauber, vite transformé en un simple S., va prendre ses fonctions de Délégué.
Ni en quoi consiste exactement cette fonction qui l'envoie au bout de la steppe, à 10 jours de train de la capitale.
Dans la bourgade de Lurna où il n'est pas franchement attendu.

Comme le lieutenant Drogo du Désert des Tartares de Dino Buzzati, S. entreprend ce voyage avec une très haute idée de sa mission, qui n'est au fond rien d'autre qu'une certaine idée de soi : "Une idée de soi se fait jour. Elle se nourrit de sources multiples dont la plupart coulent dans notre petite enfance. Et certaines, au-delà, souterraines, qui irriguent le passé familial. (...) Elle devient notre modèle inconscient. Une idée de soi propre à susciter l'admiration, l'intérêt de nos semblables. Leur amour. (p99)"

Comme chez Buzzati se déroule alors une existence morne et lente, très loin des aspirations initiales.
On pensait suivre un aventurier à la Henry de Monfreid et il se dévoile en chemin un rond-de-cuir de Kafka ou d'Albert Cohen.

Mais tout ceci n'a aucune importance puisqu'il s'agit en réalité de s'interroger sur ce qui fait l'utilité d'une vie d'homme.
Et d'éviter de partager avec S. ce constat, impitoyable : "L'existence se joue salle vide, pour une représentation unique sans répétition préalable; on y est rarement bon. (p 254)"

Avec ce premier roman exigeant, âpre parfois, Didier Desbrugères nous rappelle que la littérature peut offrir cette petite lumière qui embellit l'existence.

Masse critique

Il est des émerveillements dont on ne guérit jamais. Hier, en déchirant les enveloppes des éditions Gaia et Philomèle, j'ai retrouvé l'enfant qui ouvrait des pochettes-surprises il y a quelques dizaines d'années.

Nulle surprise pourtant mais un vrai bonheur : le site Babelio, dont j'ai déjà parlé ici, m'a retenu comme "blogueur-lecteur" dans le cadre de l'opération Masse critique.

J'ai donc un mois pour chroniquer ici et sur Babelio les livres qui m'ont été envoyés, et je les en remercie dès maintenant, par les éditions Gaïa et les éditions Philomèle.

Ce n'est pas encore "Le masque et la plume", mais je me réjouis de contribuer à faire connaître le travail de deux jeunes maisons d'édition indépendantes.