Mes propos repris aujourd'hui dans La Voix du Nord m'amènent à repréciser ce que je pense de la situation de crise que traverse le théâtre d'Arras.

Je crois que l'animation d'une structure culturelle, fut-elle très professionnelle et avec des budgets conséquents, par une association a du sens.

Elle n'en reste pas moins une mécanique fragile qui repose sur la confiance et la bonne intelligence entre les différents acteurs : le directeur - choisi par les financeurs avec l'avis de l'association - est un professionnel à qui il faut laisser la liberté de développer son projet et d'animer l'équipe dont il s'entoure.
Contrepartie de cette autonomie d'action, le directeur doit impliquer le conseil d'administration composé d'usagers et de représentants des financeurs. Il doit valider régulièrement auprès d'eux qu'il est en phase avec la feuille de route, autrement dit le projet partagé par tous les acteurs.

La place de l'association, entre la légitimité des professionnels et le naturel regard des financeurs publics, est sans doute la plus difficile à définir.

Mais le jeu en vaut la chandelle !

Qui représente-t-elle ? Statutairement, les usagers. Concrètement, aujourd'hui, il s'agit de ceux qui viennent à l'assemblée générale et cotisent 1 euro.
Cela mérite d'être précisé et enrichi : on pourrait imaginer tout au long de l'année, que l'on soit abonné ou simple spectateur d'un soir, que soit remis avec le billet du spectacle une petite feuille d'explication sur l'existence de l'association et son rôle.

On pourrait imaginer que des moments particuliers de la vie du théâtre soient réservés à ces "usagers".
Le conseil d'administration sortant avait initié cette démarche en travaillant sur un règlement intérieur. Il faut poursuivre et sans doute s'interroger davantage sur le sens de ce vivre-ensemble plutôt que sur le juridisme des formes.

Car l'essentiel de la question est là : pourquoi s'engager dans l'association du théâtre d'Arras si ce n'est pour être le militant de la passion du théâtre, le défenseur acharné de la place et du rôle d'un théâtre dans la ville, théâtre public dont la vocation est si singulière dans un monde de la culture de plus en plus marchand.

J'ai souffert lors de la réunion de crise de la semaine dernière d'entendre autant parler de procédure et si peu du sens de cet engagement, de sa noblesse et de sa difficulté.

Un dernier mot : il est vrai que j'ai proposé en 2005 le passage en EPCC (établissement public de coopération culturelle), lorsque j'ai fait le choix (douloureux tant j'étais passionné par cette aventure) de démissionner de la présidence pour laisser à l'association plus d'autonomie et pour mettre la ville en conformité avec les règles de la comptabilité publique.

Je l'ai fait dans un contexte bien particulier où la solution qui était préconisée par les "gestionnaires" (y compris dans certains bureaux de la mairie) était une délégation de service public c'est à dire une privatisation et le choix d'une structure purement marchande qui n'aurait eu que peu d'égards pour les acteurs locaux (cf mon post précédent) et pour une action culturelle en profondeur nécessairement non rentable.

Cette ouverture a été rejetée. A-t-elle, ailleurs, donné de meilleurs résultats ? Pas forcément...

C'est pour cela que je crois plus que jamais à la nécessité de parvenir à cet équilibre intelligent entre les uns et les autres et j'espère sincèrement que toutes les énergies se mobiliseront lors de la réunion du 29 juin pour redéfinir un cadre serein pour partager ce rêve commun d'un lieu pas comme les autres !