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Pourquoi je ne demanderai pas David Foenkinos comme ami sur Facebook



Le probléme avec David Foenkinos c'est qu'on a tout de suite envie d'être son copain.

Il a un blog, déjà 2321 amis sur Facebook, il est comme nous, il nous comprend, il sait mettre des mots sur nos déceptions intimes "Il y a peut-être une dictature du concret qui contrarie en permanence les vocations" et nos élans secrets "il ne serait pas capable de s'endormir : comment aller vers le rêve quand on vient de le quitter ?"

Personne ne sait comme lui glisser des paroles d'Alain Souchon ou les horaires du Paris-Lisieux comme une respiration dans l'intrigue ou une invite à la réflexion, comme les pensées d'un philosophe Polonais (mais existe-t-il vraiment ?) : "Il y a des gens formidables qu'on rencontre au mauvais moment. Et il y a des gens qui sont formidables parce qu'on les rencontre au bon moment."

Même les très sérieux jurés littéraires ont besoin d'être compris. Ils voudraient bien aussi être potes avec Foenkinos. La preuve ? "La délicatesse" est le seul livre de la rentrée sélectionné dans la liste des plus prestigieux : Goncourt, Renaudot, Médicis et Femina.

Comme on les comprend !

Mais le probléme, et il le dit sur son blog, c'est que tous ces amis, ça prend du temps.

Et du temps, il faut lui en laisser à David Foenkinos, pour écrire des romans aussi justes et sensibles que "La délicatesse".
Alors, non vraiment, je ne serai pas son ami sur Facebook.

Une année étrangère (rentréelittéraire#4)



Laura, 17 ans, a quitté le foyer familial où elle étouffe des non-dits entre ses parents et parce que : "Je me dis que comme toujours, on ne parle pas des choses importantes, on préfère jouer à deviner".

Elle a rejoint les confins de l'Allemagne, quelque part entre la frontière avec le Danemark et celle avec l'Est. C'est un livre de frontières. Entre l'adolescence et l'âge adulte, entre les langues, entre les impressions et la réalité.

Elle s'occupe des enfants dans une famille allemande. De la jeune fille surtout. Parce qu'avec le grand fils, Thomas "nous nous sentons différents, monstrueusement différents, faits d'une autre matière, plus noble bien sûr, plus authentique, inflammable". Adolescents, quoi !

Mais à force de porter à bout de bras une famille moins solide qu'elle en a l'air, une mère fragile surtout, sa place évolue, elle se rapproche du père.

Une excursion au Danemark symbolise cette évolution. Une journée importante pour le père "qui tente par tous les moyens d'apprivoiser le temps, de faire de cette journée morose un petit événement qui s'ancrera dans la vie des enfants".

Rien n'aura changé au terme du séjour de Laura et pourtant tant de choses en elle.

Une très belle chrysalide de jeune femme, qui vous poursuit bien après sa lecture.

Nos bonheurs fragiles (challenge littéraire#3)



190 pages comme un long cri, de douleur, de rage, de combat contre l'adversité.

Triste et beau. Poignante parfois cette détresse de l'homme abandonné qui survit pour ceux qui restent.

Très personnelle. Trop intime pour que ce soit tout à fait de la littérature. Qui ouvre. Qui dépasse. Qui se décale un peu du réel pour mieux atteindre l'universel.

Et puis ces phrases dignes d'un statut Facebook : "Je rêve de gagner au loto même si je ne joue jamais".. "Arrête de garder pour toi. Dis les choses".. "

On sort de la lecture en compassion pour cet homme qui souffre mais avec un léger malaise et comme une déception.

Pourquoi je ne l'aime pas

Mon cercle étroit qui le sait me demande parfois ce que j'ai vraiment contre lui parce qu'après tout, "il fait bouger les choses", "il règle les problèmes" (ah oui, l'insécurité par exemple ?), et si ce n'avait pas été lui, etc.. et d'ailleurs qui d'autre ?

Je n'ai pas toujours la réponse immédiate, LE truc que vraiment je lui reproche.. et puis de temps en temps dans l'actualité, il y est ce petit truc qui me met hors de moi.

Dernière en date, cette sortie sur les fonctionnaires lors d'un déplacement dans l'Orne; tout y est : le mépris et la stigmatisation, cette façon constante de dresser des français contre d'autres sans compter le style comique troupier qui laisse à penser qu'il écoute plus Bigard que Guéant et que les lectures que Carlita conseille à Chouchou servent surtout à impressionner le Nouvel Obs.

Voilà, je vous livre la chose brute, aur risque de perdre quelques amis :

Dernière attaque en date, une "plaisanterie" au sujet des fonctionnaires du Pôle Emploi, à qui il a "fait subir un changement de métier et un changement de locaux", décrivant alors à renfort de mimes leur "petit bureau, avec l'affiche de la Polynésie pour rêver ou l'orchidée dont on s'occupe"...

Oui le même qui disait à Périgueux en Octobre 2006 : "Chercher à faire des fonctionnaires les boucs-émissaires de la faillite des politiques dont ils ne sont en rien responsables est indigne".

Vivre c'est résister au chaos (challenge littéraire#2)



Une écriture qui cogne comme ce soleil qui chauffe à blanc les cailloux et la poussière.
"Foutu soleil qui nimbera notre agonie de lumière orangée" (p283).

Pas vraiment gais les personnages d'Estelle Nollet, coincés dans ce trou du cul du monde. Sans pouvoir sortir ? Sans vouloir quitter l'unique bistrot ? Le bar de Dan, lieu central de l'histoire.
Coincés par une culpabilité qui les consume et qu'on découvrira progressivement.

Bien barrés en tout cas ! Qu'on pourrait croiser chez Djian ou Brautigan. Ou alors, dans une version alcoolisée de Steinbeck, "des ivrognes et un coyote".

Avec des moments "clairs comme une larme d'antilope" (p312).

Et des espoirs, après l'averse, malgré tout.
Un peu d'humanité qui revit.

C'est si fragile l'humanité; c'est beau comme un rêve.
"Ah Johhny, t'inquiète, tes rêves ne sont pas là dessous avec toi à faire rigoler les cailloux".