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"Un univers soutenu par un style"

C'est la définition que donne Matzneff de l'écrivain, ajoutant plus loin : " Les thèmes, les obsessions, les idées fixes, les passions qui composent cet univers intime sont nécessairement limités. Cézanne peint toujours la même pomme, Fellini tourne toujours le même film, on pourrait allonger cette liste à l'infini.."

Osant la transposition, je me rends compte que j'ai poursuivi au travers de mes engagements politiques les mêmes idées fixes : le choix de ce qui rassemble plutôt que de ce qui divise, le pari de l'intelligence collective plutôt que la domination par la démagogie, une volonté de conserver ma liberté et mon libre-arbitre qui me pousse aussi à respecter entièrement ceux des autres, une certaine attente d'une confrontation avec l'Histoire (qui explique en partie mon engagement gaulliste) et en tout cas, d'une attitude chevaleresque, Athos en politique en quelque sorte.

Autant de déterminants qui me tiennent à l'écart de l'évolution de la vie politique et de la société vers un "star-système" et une marchandisation dont je n'aime ni les codes, ni le langage.

Car je ne crois pas que la grandeur aille sans un minimum d'intériorité ni de recul. Et comme Sollers, je pense qu'une des sources essentielles de cette intériorité se trouve dans la lecture, qu'elle est la base de cette "culture sensible" dont parlent TECT et Chirstian Camerlynck dans le post précédent, la base, osons-le mot même s'il est ringard, d'une politique d'éducation populaire. C'est au nom de cet amour de la littérature et de l'attachement au libre-arbitre que je soutiens Jean d'Ormesson dans sa magnifique défense du maire de la Garenne-Colombes, Philippe Juvin, qui a baptisé le collège de sa ville Kleber Haedens, déclenchant une polémique menée par des esprits étroits et des Tartuffe modernes (Modem, comme par hasard..).
Avec d'Ormesson, je proclame "N'hésitez pas à vous battre pour les écrivains de droite et de gauche quand ils sont attaqués par des partisans de la censure".

Et puisque je parle de style et d'écrivains sulfureux, comment ne pas vous signaler l'excellente biographie de Casanova par mon ami Charles Wright.

Festivalier politique



Je ne m'étendrai pas sur ces 2 week-end festivaliers, sur les 9 films vus en 5 jours et sur ce constat récurrent (on pourra retrouver mes impressions dans les archives des mois de Novembre antérieurs..) : le cinéma quand il est défendu par des gens de passion et de talent, comme c'est le cas de Plan-Séquence et de leurs invités, offre un regard sur l'humanité sans équivalent.

Et même sur la politique, en témoignent 2 des films vus pendant le festival :

My Marlon and Brando est le premier film du réalisateur turc, Hüseyin Karabey. Une histoire d'amour qui tourne au road-movie quand la jeune femme turque veut rejoindre son amoureux kurde d'Irak. Une aventure qui l'emmène aux confins de la Turquie, de l'Iran et de l'Irak et donne une autre épaisseur à ses engagements pour les droits de l'homme.

Il divo est un portrait brillant et baroque de Giulio Andreotti, leader historique de la Démocratie Chrétienne italienne, soutenu par une bande originale remarquable de justesse et par une interprétation époustouflante de Toni Servillo. Loin d'un portrait à charge, Paolo Sorrentino nous amène à une réflexion sur le pouvoir, le degré de concessions acceptables pour le conquérir et la solitude de ceux qui l'exercent.

Aucun lien avec le congrès de Reims que j'ai suivi en parallèle ce wwek-end et où, heureusement, les morts politiques ne sont que virtuelles.
J'aimerais néanmoins que l'UMP s'abstienne des lazzis faciles, en se souvenant que l'actuelle majorité est aussi passée par ces phases.. et que la vie politique est cyclique

10 jours de bonheur

C'est un des rares marronniers de ce blog : le rituel rendez-vous que nous donne Plan-Séquence en Novembre pour le festival international du film d'Arras est une douceur pour oublier l'entrée dans l'hiver, une nécessaire aération de l'esprit et un vrai dopant pour le moral.

Et l'édition 2008 est, si c'est possible,encore mieux lancée que les précédentes.

Le très beau film de Fred Cavayé a donné le ton : émotion, suspense, acteurs magnifiques.. et permis de découvrir un jeune auteur (c'est son premier long métrage) dont on reparlera certainement.

En attendant, courez le découvrir dans les salles le 3 décembre !

Prix Femina

Je n'imaginais pas, il y a quelques années, déjeuner avec un futur prix Femina.

Je ne connaissais chez Jean-Louis Fournier que le producteur de Desproges, ce qui valait déjà à mes yeux toutes les références (et toutes les révérences), et l'auteur de "Je vais t'apprendre la politesse, p'tit con".

J'avais découvert ce jour-là son histoire familiale Arrageoise, celle de son père médecin alcoolique au grand coeur dont il a aussi tiré un très beau livre et dont il espérait faire un film, à Arras.

Et je ne savais bien sûr pas, ce secret, cette vie avec ses deux fils handicapés, dont le récit est aujourd'hui couronné par les jurées du Fémina.

Mais ce que j'avais perçu d'immense générosité et de tendresse infinie, masquées par un humour noir ravageur, suffisent à me rendre heureux pour lui de cette belle récompense.

Pas de sermons, des chansons..

Je n'ai pas voulu par mon dernier billet plonger Vincent dans de telles abîmes de perplexité, pas plus que je n'ai voulu faire de cette phrase une leçon quelconque.
Et je n'ai d'ailleurs pas d'interprétation de texte irréfutable à donner.
Disons plutôt que cette citation a rencontré en écho des questions que je me pose, à travers ce blog ou dans la vie politique et personnelle :

Connaît-on quelqu'un à travers la somme de ses dévoilements publics ? TOUT dire a-t-il un sens ? A-t-on besoin de tout connaître des amitiés du Président de la République, de la sexualité de DSK, ou de la conception du couple de Rachida Dati ?

Chacun n'est-il pas plus intéressant par sa part d'intériorité, d'intimité voire de mystère ?

Les totalitarismes ne s'y trompent pas qui nient toujours cette part qui rend chacun de nous unique.
Et Kundera, qui a payé pour voir, ne réclame-t-il pas simplement "la discrétion et le secret de la vie intime" ?

Je n'ai pas de réponses cher Vincent, et ce ne sont pas ces questions qui m'ont retenu d'écrire, mais bien le manque de temps.. et vous avez ainsi loupé quelques réflexions sur la réunion de rentrée des parlementaires chez le Premier Ministre (qui nous a promis "des réformes, des efforts.. et des séances de nuit") mais aussi sur les bonheurs d'un court séjour à Porto ou d'un magnifique concert de Bashung, qui prend place parmi mes plus grands souvenirs de concerts aux côtés de Dominique A ou Allain Leprest.

Je me souviendrai longtemps de son élégance un peu désinvolte à l'image de son entrée en matière, avec sa voix ténébreuse : "Bienvenue pour ce rendez-vous dominical.. pas de sermons, des chansons !"