L'Histoire dira si, comme le tournant de la rigueur pour François Mitterrand, comme l'abandon de la fracture sociale devant les réalités budgétaires et européennes pour Jacques Chirac, le passage de la rupture à la politique de civilisation sera retenu comme le tournant du quinquennat de Nicolas Sarkozy.

Ce glissement d'une énergie politique réformatrice qui fait la force et le succès du Président à l'aveu implicite d'une certaine impuissance ("je ne peux pas vider des caisses déjà vides") et à un humanisme bienvenu mais aux contours plus flous, contribue manifestement à la désorientation générale.

Désorientés, les citoyens qui croient percevoir que le bonheur privé du chef de l'état prime sur leur bien-être collectif.
Désorientés les parlementaires de la majorité dont la légitimité politique est contournée par une légitimité médiatique et émotionnelle, celle de José Bové sur les OGM n'étant pas la moindre à avaler.
Désorientés les partis politiques et les élus municipaux, par une élection locale dont on leur dit qu'elle a une valeur nationale, sur fond d'ouverture qui en rend la lisibilité encore moins aisée.
A Arras, par exemple, bien malin et audacieux qui revendiquera ou assumera le résultat d'une liste conduite par un maire Modem et qui va du PC à l'UMP en couvrant tout l'éventail politique intermédiaire.

Il nous faut des choix clairs, des voix fortes et justes, pour ne pas désespérer nos concitoyens que le Président a réintéressé à la politique mais qu'il ne peut être seul à éclairer tout le temps et sur tous les sujets.

Nul meilleur exemple que la belle résistance sondagière du Premier Ministre, dont la sagesse et la solidité commencent à porter leurs fruits.

Pour ma part, j'adhère à la voie libre et loyale de Jean-Pierre Raffarin, à sa vision humaniste de la diversité, à sa voix juste hier sur les tests ADN, aujourd'hui sur les OGM et le caractère local des élections municipales, demain sur la réforme institutionnelle et la nécessité de rendre au Parlement le rôle et la grandeur qu'il tire de la légitimité démocratique.

Un mandat unique, pour des parlementaires dégagés de l'obligatoire démagogie locale par l'introduction de la proportionnelle, une maîtrise de l'ordre du jour, une renforcement de l'initiative parlementaire.. autant d'utiles évolutions qui garantiront un débat démocratique régénéré.