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Choses lues sur l'Europe

Deux regards d'origine très différente.

Celui d'Emmanuel Todd, démographe et anthropologue, qui avait nourri le discours du non à Maastricht :
"Les postures du genre "nous voulons l'Europe mais pas celle-là" sont fragiles car elles ne proposent pas d'autre projet européen".
"La focalisation sur le libre échangisme, qui a toujours fait partie de la construction européenne, manque de sincérité. On ne peut confondre l'ultralibéralisme avec l'économie de marché."

Celui de Jérémy Rifkin, économiste américain, déjà évoqué ici :
" Le rêve européen crée une nouvelle histoire, beaucoup plus en phase avec le monde qui vient, planétaire, connecté et interdépendant."
"Vous êtes devant la poule aux oeufs d'or et vous avez la tentation de l'étrangler. L'Europe est, une fois de plus, le laboratoire du monde. Ne l'oubliez pas !"

Illustration en quelques chiffres

On reproche parfois au traité constitutionnel d'être trop vague et de rester au niveau des principes (ce qui n'est déjà pas si mal quand çà concerne la lutte contre les discriminations ou l'égalité femmes/hommes).

Voici quelques chiffres bien concrets sur le fonctionnement de l'Europe des 25 (et bientôt 27)

Passage à la majorité qualifiée : statistiquement, la probabilité de prise de décision (à 27) passera de 2% à 13%.

Influence de la France au sein du conseil des ministres : Dans le système du traité de Nice, notre pays pèse 8,4% des voix pondérées (pour une Union à 27) . Avec la Constitution, la France disposera de 12,4% des droits de vote.

Moteur franco-allemand : Avec près de 25% de la population de l'Union à eux deux, nos pays réuniront à eux seuls 84% des voix nécessaires à une minorité de blocage, contre 64% dans le système de Nice.

Coups de coeur

Entre deux messages sur la campagne référendaire, deux coups de coeur dans l'actualité culturelle.

Pour un très bel album, au ton léger et grave à la fois, d'une actrice qui se lance dans la chanson ("manquait plus qu'çà") et une superbe découverte : la sensibilité de Sandrine Kiberlain passe aussi bien sur la chaîne qu'à l'écran...

Pour LE film de ce début d'année : "De battre mon coeur s'est arrêté" de Jacques Audiard.
Même le titre est une réussite et la bande originale d'Alexandre Desplat ( qui est plus qu'une bande puisque la musique est partout dans le film) égale le meilleur de Wong Kar Waï.

A voir (et à entendre) absolument

Le rêve européen

Le Président Chirac l'a découvert brutalement, on risque de décevoir l'auditoire en rappelant que la Constitution (celle-là comme les autres) ne promet pas qu'on rasera gratis demain mais fixe des règles de fonctionnement, des objectifs à atteindre et des interdits à respecter.

Et il ne faut pas avoir peur de dire que le traité est un compromis qui permet aux 25 d'avancer ensemble plutôt que de piétiner chacun chez soi.

Mais il suffit de lire ce qu'en dit un économiste américain iconoclaste, Jérémy Rifkin (cf aussi "La fin du travail") pour se convaincre que cela représente une avancée qui est le "rêve politique" le plus moderne :

"Le rêve européen naissant est mieux armé pour nous conduire dans le nouvel âge global, parce qu’il se fonde sur les relations entre communautés plutôt que l’autonomie individuelle, sur la diversité culturelle plutôt que l’assimilation, la qualité de la vie plutôt que l’accumulation de la richesse, le développement soutenable plutôt que la croissance matérielle illimitée, les droits de l’homme universels et les droits de la nature plutôt que le droit de propriété, la coopération globale plutôt que l’exercice unilatéral du pouvoir."

Campagne pour le Oui

Tokia Saïfi, député européen et ancien ministre, sera à Arras au Foyer Amoureux rue du crinchon, jeudi 21 avril à 20 heures, pour débattre du projet de constitution européenne.

Sur l'Europe toujours..

Mon ami Christian m'interpellait récemment sur la restriction du droit à l'avortement amené subrepticement par la Constitution.

J'ai vu, depuis, cet argument repris par les tenants du NON, notamment Henri Emmanuelli.

Ce "droit à la vie" garanti par la Convention Européenne de sauvegarde des droits de l'Homme permet en réalité de sanctionner des pays qui assassinent des opposants politiques.

Il n'a jamais été étendu, dans aucune jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'Homme de Strasbourg, au foetus.

Débattons sur ces questions de fond plutôt que sur les choix qu'auraient fait le Général de Gaulle ou le Pape ?

Commencer l'Europe par la culture..


..çà veut dire quoi me demande-t-on ?
Pour moi, ce regret de Jean Monnet est à mettre en parallèle avec son discours de 1952 : "Nous ne coalisons pas des Etats, nous unissons des hommes."

L'Union a commencé par des partages techniques et économiques (acier, agriculture, aéronautique,..) qui sont de belles réussites mais expliquent sans doute le manque d'âme de cette construction et le peu d'enthousiasme des peuples à la soutenir.

Je crois que Goethe ou Beethoven nous parlent plus durablement et plus en profondeur du peuple Allemand que la production d'acier.

Et des politiques simples comme Erasmus ont sans doute davantage oeuvré à cette "culture commune" chez les jeunes que les discussions sur les institutions.

Sport Arrageois

En affirmant l’excellence de son projet dans la Voix du Nord samedi, Jean-Louis Monneret, président de l’ASPTT Basket interpelle les politiques sur la nécessité de choisir entre le saupoudrage et l’expression de choix structurants.

Cette question de l’efficacité de l’argent public posée aujourd’hui dans le cadre sportif n’est pas sans me rappeler les mêmes débats dans le milieu culturel.

En aidant Colères du Présent ou Plan Séquence et demain Di Dou Da ou Les Résonances à installer des temps forts, en contribuant à une installation plus visible du Quai de la Batterie, la ville affirme des choix culturels clairs et complémentaires à l’action du Théâtre Missionné, de la Médiathèque, du Musée et de l’Ecole Nationale de Musique, Danse et Art Dramatique.

En marquant ainsi sa volonté, la ville incite aussi ses partenaires, notamment l’Etat et la Région, à soutenir davantage ses projets.
Le militantisme de ces associations et leur volonté de partager leurs pratiques avec le plus grand nombre d’associations contribuent également à l’élargissement des publics.

Jean-Louis a raison : l’ASPTT Basket a dans le domaine sportif cette vocation de leader, elle correspond bien à la dimension de la ville, elle draine des publics et des partenaires économiques.
Le rugby peut aussi trouver demain une place originale si la Fédération s’ouvre enfin à ce qui se passe au nord de Paris, mais cela sera sans doute plus coûteux.

Alors faisons ces paris sportifs qui feront rayonner la ville et qui, par leur audience, inciteront à la pratique sportive de masse.